Amour & Sac à dos

 

Nasta & Rémi, un jeune couple citadin, nous raconte leur premier périple 100% nature. Entre béatitude et inquiétudes, vivez leur expérience à travers cette interview pleine d’émotions.

Racontez nous, quel trajet avez vous fait ? Point de départ, point d’arrivée, par quel moyen ?


Rémi et moi sommes partis à la découverte des Alpes. Nous nous sommes organisés selon nos envies et les disponibilités de nos amis/familles pour nous héberger. Notre point de départ était Nice, où nous avons atterri le 29 juin 2017. On a passé une semaine dans le Parc du Mercantour avant de rejoindre la frontière Italienne et d’embarquer dans un train direction Turin (histoire de se détendre un peu après une première semaine intense de festival de musique). Puis on a passé quelques jours dans la région des Grands Lacs d’Italie, avant de reprendre un train jusqu’au lac Léman en France. Enfin, nous avons pris un bateau pour rejoindre le point de départ de la traversée des Alpes sur le tracé du GR5. Notre tente, notre matériel et toutes nos vivres empaquetées sur le dos, nous avons débuté notre itinéraire à La Chapelle d’Abondance, pour nous diriger jusqu’aux environs d’Embrun.

Par jour, en fonction des étapes, nous réalisions en moyenne entre 9 et 13km , avec un total parcouru de 450km entre le 17 Juillet et le 13 Août.


Aviez vous déjà fait un voyage de ce genre ?

Nasta : J’ai plutôt l’habitude de voyager dans les grandes villes (Lisbonne, Berlin…) moins dans une démarche de “voyage nature”, même si je privilégie toujours la découverte de la ville à pied pour vraiment m’imprégner de l’atmosphère qui y règne.

Rémi : j’avais déjà fait ce genre d’expérience mais sur un laps de temps beaucoup plus court… c’était en Thaïlande avec des amis, on a fait un trek de 3 jours dans la jungle sur un séjour de 3 semaines. Mais pour moi d’habitude, vacances riment plus avec soleil, plage et détente qu’avec sport et nature.


Nasta : pour ma part j’ai toujours eu ce rapport avec la nature pendant mes vacances, depuis toute petite avec mes parents j’avais l’habitude de partir en randonnée toute la journée, principalement en France. Seule, j’ai beaucoup voyagé en Europe et dans les villes principalement, toujours avec mon sac à dos, dans des auberges de jeunesse et à pied (même si la ville est grande !) mais j’aspire à d’autres découvertes autour du monde.

Êtes-vous sportifs ?

Pas du tout !

Enfin pas grands sportifs du genre à aller courir des marathons tous les week-ends ou même faire un petit footing de temps en temps, ça c’est vraiment pas notre truc… Mais de temps en temps on n’est pas contre aller faire un badminton, nager ou même courir, mais ça reste anecdotique.

Comment vous est venue l’idée de faire ce séjour ?

Nasta avait ce rêve (et l’a toujours d’ailleurs) de faire un pèlerinage sur l’île de Shikoku au Japon. C’est une longue traversée de l’île qui passe par énormément de temples et qui est censé nous ouvrir la voie du Nirvana. Je me suis laissé prendre au jeu et le projet a mûri. Mais un voyage au Japon coûte cher…. et nous n’avons pas pu économiser assez alors on a du trouver une alternative. Le chemin de Compostelle semblait une bonne solution mais la dimension religieuse ne nous correspondait pas tellement alors on a opté pour notre pèlerinage à nous. Notre chemin parsemé d’amis, de fête, de famille et de paysages Alpins grandioses.


Aviez-vous prévu un itinéraire précis pour votre séjour ?

Oui pour faire en sorte que nos amis et familles puissent nous croiser (on partait en plein été donc il fallait négocier avec les vacances des uns et des autres). On a élaboré un itinéraire et des points de rendez-vous inévitables mais on s’est laissé quand même des libertés. Quand on marche on n’est pas pressés donc on ne planifie pas tout, histoire d’en profiter.

Aviez-vous un but précis ?

Nasta : Mon but était de prendre l’air et de me ressourcer. Je souhaitais prendre du temps pour moi, et pouvoir avoir les idées plus claires, comme une sorte de quête méditative. Marcher m’a vraiment permis de prendre du recul et de laisser mon esprit voyager. Mais ça m’a apporté encore plus : cette immense fierté à chaque étape franchie, et notre couple qui est encore plus soudé qu’avant grâce à cette magnifique aventure.

Rémi : Pour moi c’était plus une volonté de déconnecter, quitter la ville et la fête qui fait partie de mon quotidien ici à Lille. Ca a été pour moi l’occasion de m’évader tout en vivant ma passion : dans mon sac à dos j’avais pris un enregistreur et j’ai pu profiter du périple pour créer des sonorités uniques pour mes morceaux !

Quel est votre rapport à l’environnement ?

Nous faisons attention dans notre quotidien mais ce voyage nous a beaucoup appris.

En montagne avec notre sac à dos, on produisait forcément des déchets, nous avons donc dû anticiper et trouver une solution pour effacer au maximum nos traces : nous avions systématiquement un sac avec nous qu’on mettait à la poubelle lorsqu’on passait dans des villages. Malheureusement, nous avons compris que tous les voyageurs n’avait pas eu le même réflexe…. C’est triste de voir nos montagnes, synonymes de pureté, si salies par l’Homme. Depuis, on fait beaucoup plus attention, même en ville.

Une petite anecdote : notre première nuit était à 2 000m d’altitude à côté d’un refuge. Nous avions demandé, naïfs, au gérant du refuge si on pouvait lui laisser notre poubelle avant de repartir. Nous n’avions pas idée à ce moment là de la façon de vivre là haut : les ravitaillements se font tous les mois en hélicoptère et la gestion des déchets est très complexe. Nous n’allions pas leur compliquer la tâche encore plus ! Nous avons appris que pour certains refuges qui ne sont pas accessibles en hélico, c’est à pied que le ravitaillement se fait. Les gardiens demandent alors aux randonneurs s’ils peuvent descendre quelques déchets au passage et c’est la solidarité qui prime. On aimerait voir ça plus souvent en ville !

Pour vous, que signifie voyager “responsable” ?

C’est faire attention aux impacts qu’on a sur l’environnement bien sûr comme faire attention à nos déchets ou ne pas prendre de douche trop longue pour économiser l’eau par exemple. Mais ces gestes, on les a déjà plus ou moins ancrés en nous dans notre quotidien et c’est normal qu’en vacances on y pense aussi. Par contre pour nous, voyager responsable c’est surtout ne pas avoir d’impact négatif sur les locaux. On aime vivre au même rythme des personnes qui vivent là où on part en vacances. On évite les lieux trop touristiques dans lesquels les employés sont trop souvent sous payés alors que les prix (restaurants ou souvenirs) flambent. On préfère les quartiers moins touristiques pour s’imprégner vraiment de la culture du pays, de la ville, de la région.

Évidemment, sans l’avion on irait pas bien loin… alors c’est notre façon de se rattraper, on compense une fois sur place !

A quoi ressemblait votre quotidien ?

Tous les jours on vivait au rythme de la nature : le soleil était notre montre. On se levait avec lui et on se couchait avec lui. Le matin on levait le camp vers 7h pour un départ à 8h, le temps de ranger notre matériel, de se faire un bon thé bien chaud, manger quelques fruits secs et hop c’était reparti. Dans la journée on faisait une pause pour manger vers midi (soit des sachets lyophilisés, soit du pain et du fromage achetés sur le chemin). On s’arrêtait de marcher vers 16h, pour enfin planter notre tente vers 18h/19h selon les autorisations de la zone. Puis on mangeait, avant de sombrer dans le sommeil, toujours au rythme du soleil, vers 20h lorsqu’il disparaissait lentement derrière les montagnes. Il faisait alors d’un coup très froid mais on était simplement heureux de retrouver nos duvets et nos tapis de sol. Parfois on se couchait un peu plus tard lorsqu’on dormait à côté d’un refuge : on pouvait profiter de la salle commune pour prendre l’apéro, rencontrer d’autres randonneurs et manger un peu plus tard.

L’itinéraire était très bien indiqué la plupart du temps, il est conçu de manière à croiser systématiquement un refuge pour le déjeuner et un autre pour le dîner. Évidemment cela dépend du rythme de marche de chacun mais il y a toujours cette proximité avec le confort des refuges. Même si on y reste uniquement le temps d’un orage, ou le temps de se réchauffer avec un bon repas juste avant d’aller dormir. Nous, on aimait alterner: dormir en pleine nature et parfois à proximité d’un refuge.

Pour la douche on se lavait dans les ruisseaux, parfois en refuge mais c’était de l’eau froide aussi. C’était revigorant après une longue journée de marche !

Bon… on s’est quand même offert quelques douches chaudes dans les campings.

On lavait nos vêtements à la main en utilisant l’eau des refuges (eau de source de montagne), l’eau des ruisseaux également. Et on faisait sécher nos « lessives » sur nos sacs à dos… Assez folklorique quand on croisait d’autres randonneurs avec nos culottes et caleçons qui pendaient sur nos sacs !

Quelles ont été les plus grosses difficultés ?

Rémi : Quand on voyage à deux, la difficulté c’est de rester sur la même longueur d’onde. Là dessus heureusement, on était en phase. Parfois quand l’un de nous n’était pas dans le même rythme, l’autre l’encourageait et inversement. C’est ce qui nous a soudé, vraiment.

Pour Nasta c’était difficile quand il faisait chaud. Par exemple dans les montées, je devais la soutenir. Je me souviens un jour, nous avons passé deux cols dans la même journée, donc très éprouvant physiquement, c’était très compliqué parce que les nerfs de Nasta ont lâché! On a du faire une pause pour s’hydrater et se recentrer avant de pouvoir reprendre la route tranquillement. Par contre, lorsqu’il pleuvait, c'était elle qui devait m’aider pour avancer. Un jour il a tellement grêlé qu’on ne sentait plus nos doigts, mais on devait impérativement continuer à grimper !

Nasta : Ce jour-là c’était compliqué ! Nous sommes arrivés à un col sous la grêle et le vent nous brûlait le visage. On a dû se réfugier dans une toute petite cabane qui était là par le meilleur des hasards. On était une vingtaine dans ce petit refuge de fortune, trempés, les doigts encore glacés, à étudier nos cartes et les itinéraires possibles. À cette étape du voyage Stan, un ami, nous avait rejoints pour une semaine. Nous avons rencontré à ce moment Benjamin, qui voyageait seul et qui pensait prendre le même itinéraire que nous. Armés de notre courage, nous avons donc décidé tous les quatre de braver la tempête pour repartir vers un vrai refuge un peu plus bas pour se réchauffer et se sécher. Quand le sang est revenu dans nos doigts ça a été très douloureux : des brûlures atroces, on avait envie de s’arracher les mains !

Après un bon repas chaud réconfortant, nous devions prendre une décision : planter la tente ici à 2600m d’altitude mais dans la nuit et sous la neige, ou alors descendre un peu plus bas dans la vallée pour trouver un endroit plus propice à la tente. Nous avons finalement décidé de repartir en passant par une crête, dans la brume et la pluie… Compliqué, mais on l’a fait !

Rémi : Plus bas on a pu avoir une chambre avec douche chaude dans un refuge. Le lendemain matin au menu: petit déjeuner de champion pour continuer le périple, grand soleil et ciel bleu sans nuage ! Notre mésaventure de la veille n’était plus qu’un lointain cauchemar.

Nasta : Dans les Alpes on nous dit de se méfier de l’orage de 17h. Et effectivement on a vécu quelques orages dont deux très violents. Et on a eu vraiment très peur.

Rémi : Les orages sont très dangereux en montagne et quand on est sous la tente et qu’on entend l’orage s’approcher c’est très impressionnant… surtout parce qu’il n’y a rien à faire, à part attendre que ça passe. Quand l’orage arrive et qu’on marche on peut s’arrêter, se réfugier dans un endroit adapté pour ne pas se prendre la foudre mais quand on est dans la tente il ne faut pas prendre le risque de sortir. On en a subi un qui nous a réveillé en pleine nuit et là, on s’est vraiment sentis insignifiants face au tonnerre qui grondait…

Nasta :D’ailleurs en Italie, les arceaux de notre tente se sont brisés. Nous avons dû rentrer en France plus tôt que prévu. Heureusement ma soeur nous a hébergés quelques jours, le temps pour nous d’alléger nos sacs et de racheter une tente.

Quels ont été les moments les plus forts ?

Nasta : Alors oui on en a bavé, même quand il ne pleuvait pas ou qu’il n’y avait pas d’orage… Mais quelle satisfaction et quelle exaltation d’arriver au col et de voir d’un côté tout le chemin parcouru, et de l’autre celui à découvrir ! C’est vraiment le moment magique de la randonnée en montagne… Notre corps et surtout notre volonté nous ont amenés là, à ce panorama à couper le souffle, où tu te sens seul au monde. Tu vas vers l’avenir en allant de l’autre côté de la montagne, à la découverte d’une autre aventure. Le grand moment a été quand on a vu le Mont Blanc pour la première fois. Et ça nous charmait à chaque fois suivante

Le premier grand moment a été quand on a vu le Mont Blanc pour la première fois, à cause de la symbolique. Et ça nous charmait à chaque fois!

Rémi : La toute première nuit a été magique également. On était là à se dire « ça y est, on le fait vraiment, c’est parti ! », on réalisait seulement qu’on allait vivre ce périple pour lequel on s’était à peine préparé. Nous étions au bord d’un lac, entourés de sommets, quelques bouquetins au loin et un ciel sans nuage. Notre tente nous permettait d’observer le ciel à travers la moustiquaire : quel spectacle ! Seuls, avec les étoiles… et quel vertige aussi ! Quand on se réveillait dans la nuit, on réalisait qu’on était bien là au milieu de nulle-part.

Nasta : La fameuse journée où j’ai perdu pied, nous avons eu la plus belle des récompenses : nous descendions le deuxième col et là sur le chemin, une maman chamois et ses deux petits qui la suivaient. Et puis ils se sont doucement approchés de nous, comme pour nous saluer. Un instant poétique et inattendu, le temps s’est arrêté pendant un instant.

Rémi : Au début de notre randonnée notre organisation n’était pas vraiment optimale question temps de marche, pause ou encore sommeil. Le troisième jour de marche, nous pensions avoir trouvé l’endroit parfait pour dormir en bas de la vallée, mais plus on descendait, moins il y avait de lieu adéquat pour planter la tente : en pleine forêt, à flanc de montagne. Perdus, affaiblis, affamés, le soleil commençant à se coucher, nous perdions espoir. Et là, au milieu de la montagne, des bergers, leurs chèvres et quelques habitations de fortunes surgirent, une rivière et une hospitalité de leur part qu’on attendait plus ! Ils nous offert les fromages de leur fabrication: on était aux anges ! On a échangé sur nos modes de vie respectifs et sur la société en général. C’était un moment d’échange génial. On a dormi là, et leur chien de berger veillait sur nous pendant la nuit. Une expérience qu’on oubliera pas !

Était-ce difficile de s’adapter ?

Pas vraiment difficile mais il y a forcément un moment d’adaptation. Une fois le bon rythme trouvé, tout devient plus facile! Et puis finalement on avait les mêmes réflexes que chez nous pour les déchets, et c’était logique pour nous de respecter les locaux et les animaux. Notre quotidien n’était pas changé mais plutôt amélioré, car ressourçant et plus authentique.

Pensez vous avoir agi en tant que voyageur responsable ?

Evidemment quand on part dans la nature, à pied, on ne pollue pas, on est forcément dans une démarche plus responsable. Vivre au rythme de la nature, ça fait du bien c’est naturel pour notre corps. En plus, on a retrouvé notre horloge biologique pour dormir et manger. La marche, c’est quelque chose de naturel pour le corps donc on n’a même pas eu de courbature non plus. Cette aventure nous a permis de renouer avec ces valeurs et de retrouver l’équilibre entre le corps, l’esprit et l’environnement.

Par ailleurs, les rencontres avec les locaux étaient à chaque fois un vrai échange enrichissant et respectueux. Oui nous étions en France, mais nous avons énormément appris de ces rencontres avec ces hommes et femmes qui ne partageaient pas la même façon de vivre ni de penser que nous.

Après ce mois et demi, vous sentez-vous différents ?

Nous étions tellement sereins, détendus et en harmonie avec la nature que le retour à Lille a été vraiment difficile. Cette habitude d’avoir été ensemble mais en même temps seuls au monde, nous a lourdement pesé à notre retour, en particulier parce que nous sommes revenus en pleine braderie… Nous ne supportions plus la foule ni le bruit !

Nous sommes partis avec l’envie de faire notre propre pèlerinage et c’est exactement comme ça qu’on l’a vécu.

Forcément on conseille à tous les voyageurs de vivre cette expérience en pleine nature comme nous l’avons fait, en France ou ailleurs. De ne pas avoir peur du côté sportif (car nous l’avons fait et avons apprécié!) et d’oublier tous les autres préjugés.

Retenterez vous l’expérience ?

Oui certainement, mais peut être pas en France. On aimerait beaucoup voyager à l’étranger et ce sera surement la Nouvelle Zélande pour un périple du même genre. Et bien sûr on garde l’idée de départ, le Japon, dans un coin de notre tête...

 
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